Pour une pratique apaisée de la religion

L’espoir d’améliorer le quotidien de la vie spirituelle des musulmans de France, et de produire une religiosité inclusive, qui aide chaque croyant à se sentir mieux dans sa société, est un souci de chaque membre du Conseil Théologique des Musulmans de France. « Celui qui ne porte aucun souci aux affaires des musulmans n’en fait pas partie… »1

C’est aussi dans un souci de réforme que ce conseil agit. Cette réforme est nécessaire pour permettre aux croyants de préserver une foi vivante et dynamique et une pratique au service de la spiritualité et pour permettre à chaque citoyen(ne) musulman(e) d’être un ajout de qualité à son environnement. « …Je ne veux que la réforme, autant que je puis. Et ma réussite ne dépend que d’Allah. En Lui je place ma confiance, et c’est vers Lui que je reviens repentant » (Hûd S.11 ; V.88).

Constat : Un regard de l’intérieur
Fort d’un recul de plus de 30 ans d’accompagnement et d’engagement au sein de la communauté musulmane, j’observe depuis quelques années que certains musulmans, souvent pleins de bonne volonté, en redécouvrant la religion dans une démarche piétiste, adoptent une pratique qui les mets en rupture avec leur environnement familial, professionnel ou avec la société en général. Ce qui s’accompagne parfois de beaucoup de frustrations qui les enferment dans une psychose auto-exclusive. Ils s’excluent en s’isolant du reste de la société, considérée comme égarée et impie, en s’arrogeant un espace imaginaire balisé par le halal et le haram (le licite et l’illicite), sous prétexte de protéger leur foi. Ce discours, qui est l’apanage de quelques courants sectaires, séduit, il faut le reconnaître, beaucoup de personnes généralement frustrées par une situation socio-économique défavorable et/ou victimes du syndrome post-colonial… Il ne m’intéresse pas ici de parler de la part de responsabilité de toute la société et de la mauvaise gestion du dossier de l’islam qui sont en partie des causes à prendre en compte. Ce qui m’intéresse davantage est la responsabilité des musulmans envers leur religion et leur société, notre responsabilité à nous tous.

La foi est une affaire entre le croyant et Dieu

L’essence de la foi musulmane n’est ni le fruit d’une situation profane (culturelle, économique, sociale, ou autre), ni une réaction dirigée vers un environnement stigmatisant le musulman ou hostile à l’islam. En effet, depuis le premier moment, la foi a été fondée sur la lumière de la raison guidée par celle de la révélation « Lumière sur lumière » (S.24;v.35). Ce qui est permanent entre Dieu et l’humain transcende ainsi toute situation, le centre de cette foi étant Dieu (Exalté Soit-Il) qui est en dehors de toute dimension temporelle, dimension dont il est l’Existentiateur. Ainsi le musulman forge sa foi dans une relation intime et personnelle avec Dieu, en s’abreuvant à la source de Sa révélation (Coran et Sunna). Quant à la pratique cultuelle, elle n’est que le reflet de cette conviction intériorisée et la confirmation de la fidélité à cette alliance avec Dieu ; elle est aussi le moyen le plus efficace pour perfectionner cette foi. Elle ne peut donc être inscrite dans un rapport de conflit entre le musulman et la société ou, tout simplement, être conçue comme une manière de s’identifier et de se distinguer de l’Autre. Ce qui protège réellement la foi est que celle-ci soit authentique et sincère, que l’intention soit totalement orientée vers Dieu et que la pratique spirituelle soit tournée vers l’essentiel. Une pratique apaisée de l’islam, dans un cheminement spirituel axé sur les fondamentaux et balisé par un comportement moral irréprochable, est la meilleure manière de purifier l’âme et de sentir la proximité de Dieu… A suivre

Hassan Izzaoui